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Kaplan, F. (2001), La naissance d’une langue chez les robots, Hermès Science Publications, Paris, France
Langue: Français Éditeur : Hermes Sciences Publicat. (27 avril 2001)
ISBN : 274620262X
/ 208p. 16x24 Broché
Resumé
Comment des robots pourraient-ils créer leur propre langue ? Ce livre répond à cette question en montrant par quels mécanismes des machines peuvent effectivement s'accorder sur le sens des mots qu'elles utilisent. Lors d'une expérience internationale, des robots ont tenté de construire un vocabulaire simple pour communiquer à propos d'objets qu'ils percevaient visuellement. Progressivement, ils sont accordés sur les bases d'une langue nouvelle.
L'ouvrage reconstruit pas à pas cette expérience complexe, afin d'en bien comprendre le fonctionnement. Il montre à l'aide de modèles simples, comment certaines dynamiqes collectives permettent la convergence vers des notions partagées, assurant progressivement l'émergence de systèmes plus régliers, plus faciles à apprendre et à transmettre.
Ces robots ne constituent pas seulement une avancée technologiqe, ils nos amènent à nos interroger sur nous mêmes : avons nous procédé d'une manière analogue por bâtir nos propres langues ? Les questions soulevées intéressent les linguistes et les chercheurs en intelligence artificielle, mais aussi toute personne curieuse de l'origine de notre capacité à parler et à nous comprendre.
Critiques
"(...) Le résultat le plus étonnant nous est donné par le spectacle de ces têtes de robot articulées qui zooment sur des objets simples disposés sur un tableau en désignant ces objets à leur congénère. Le plus intéressant est sans doute leur capacité de former des catégories conceptuelles pertinentes en affinant des divisions, par exemple sur la couleur ou sur la position des objets, de manière à discriminer les objets présents. Il peut en résulter d'étranges dialogues de sourds : tel objet sera signalé par le mot gorewa par l'agent 1, ce qui, pour lui, signifie en gros « rouge». L'agent 2, entendant gorewa , comprendra par exemple « en haut ». La communication peut réussir si le seul objet rouge se trouve situé en haut du tableau. Heureusement, confrontés à d'autres situations, l'un des deux agents au moins sera amené à réviser son lexique.
Un autre intérêt, et non des moindres, est de montrer que l'émergence d'un vocabulaire est un phénomène collectif et historique. Le succès d'un mot est lié au hasard d'une multitude d'interactions entre agents, à son pouvoir discriminant, à la présence d'autres mots concurrents moins ou plus spécifiques, aux situations à décrire, etc. Les expériences sur les robots sont précieuses pour comprendre l'évolution des lexiques humains. Peut-on en conclure avec l'auteur qu'elles nous renseignent sur l'origine du langage ? Ce n'est pas sûr. Si des robots aussi simples parviennent à créer une langue, la raison pour laquelle les animaux ne parlent pas doit être ailleurs. Le secret du langage, celui qui pousse les humains à parler, reste entier. Les robots de Kaplan possèdent de manière innée cette bonne volonté qui les pousse à nommer, sans relâche, des centaines de situations pour leurs congénères. Mais si nous leur accordons cette capacité et quelques autres, les robots sont capables de créer leur langue par eux-mêmes. Lorsqu'ils seront chez nous, eux ou leurs successeurs, lorsqu'ils sauront apprendre nos mots, nous rirons de leurs erreurs et nous nous étonnerons de leurs capacités d'adaptation. Le livre de Frédéric Kaplan nous indique, de manière très pédagogique, comment ces robots vont s'y prendre pour nous imiter. " La Recherche
"La naissance d'une langue chez les robots: On ne saurait trop conseiller la lecture d’un remarquable livre publié en 2001, sous ce titre.
L’auteur, comme Jean Laponce, convoque le mythe de Babel. Il imagine
que les constructeurs de la tour, alors même que Dieu vient de
« confondre leur langage pour qu’ils ne s’entendent plus les uns les
autres », persistent dans leur projet et continuent à travailler à la
construction. Comment peuvent-ils faire ? Si l’un des ouvriers a besoin
d’un outil, il le demandera en utilisant soit le mot de sa langue, soit
un mot inventé, soit un mot entendu dans la bouche d’un autre ouvrier.
Si son interlocuteur lui amène le bon outil, il retiendra le mot et
continuera à l’utiliser. Si ce n’est pas le cas, peut-être pourra-t-il
montrer l’outil : son interlocuteur le lui donnera en prononçant le mot
que, lui, il utilise pour le désigner. Une langue commune peut ainsi
renaître progressivement].
On voit qu’il ne s’agit pas dans ce cas de rallier une langue
dominante, mais d’en fabriquer une nouvelle, issue d’une entente
progressive sur le sens de mots venus de toutes parts. Pour formaliser
le processus, Frédéric Kaplan et d’autres chercheurs dont il rapporte
les travaux, ont programmé des robots pour qu’ils créent leur propre
langue." Pierre Favre Revue Francaise de Science Politique 51(5) (en savoir plus) |